La transition professionnelle en questionS

Pourquoi, où, quand, comment, avec qui, quoi ?

 

Des transitions professionnelles, nous en avons tous vécu dans notre vie professionnelle, parfois de nombreuses fois. Que ce soit dans le cadre d’un changement d’organisation, d’activité, de manager ou d’une mobilité souhaitée interne ou externe.

 

Transition, du latin transitio : " passage "

Vouloir changer de poste pour aller découvrir de nouveaux domaines, voir « autre chose », s’enrichir de nouvelles expériences, rencontrer d’autres individualités est une aventure en soi, peut-être difficile, mais toujours pleine de richesses et de moments forts en émotion et découvertes en tout genre.

 

Quand on veut changer de poste, on entre dans une période de réflexion dans laquelle on pose son activité, on se pose pour savoir vers quel autre poste aller et comment y aller, on se met en « transition ». Dans le mot « transition », il y a l’idée de mouvement, de passage d’un état initial à un état final. Il y a aussi l’idée d’un état « transitoire », momentané, qui ne dure qu’un temps.

Par conséquent, une transition professionnelle implique des changements dans la vie professionnelle. Mais elle a aussi forcément des impacts sur la vie privée. Car la frontière vie privée-vie professionnelle n’est pas toujours très bien délimitée : le questionnement qu’on peut avoir sur son évolution professionnelle se poursuit même en dehors du travail, même une fois le changement de poste effectué, sans parler des impacts sur la vie privée que de nouvelles fonctions peuvent engendrer.

 

La plupart d’entre nous ont dû ou pu changer de périmètre d’activité et ont pu connaître aussi des ruptures dans leur parcours professionnel, en changeant de métier, d’orientation. J’entends souvent des salariés me dire qu’ils ont eu un parcours atypique parce qu’ils ont connu différents métiers, vécu différentes histoires professionnelles dans des domaines très variés.

 

En ce qui me concerne, je ne sais pas ce qu’est un parcours typique. Parce que nous sommes tous, aujourd’hui, amenés, à un moment donné de notre vie, à réfléchir sur la possibilité d’un changement de poste dans un domaine différent de celui dans lequel nous avons évolué. Et à y réfléchir en fonction du marché de l’emploi et de l’évolution des besoins en compétences des entreprises. Nous sommes tous amenés, un jour ou l’autre, à transiter professionnellement, souvent avec de profonds changements. Et c'est ce qui fait la richesse d'une vie professionnelle.

 

Une transition professionnelle, même voulue, engendre toujours des questionnements : est-ce le moment de changer de poste ? j’ai envie de changer de domaine mais vers quoi aller ? si je prends de nouvelles responsabilités, quelles conséquences sur ma vie familiale ? pour évoluer, est-ce mieux de changer de région ? etc. La liste des questions peut être très longue.

Mais il me semble qu’il faut se l’écrire pour être sûr/e de bien se poser les bonnes questions et surtout la question de ce qu’on souhaite faire, avec qui, dans quel cadre, avec quels objectifs. Car quand on change de poste, on change d’activité, de collègues, de manager mais aussi de rôle, de responsabilités. On sait ce qu’on quitte mais on ne sait pas forcément ce qu’on va trouver. Une fiche de poste et un entretien avec les recruteurs ne donnent pas toujours une vision réelle de ce qui se joue dans une entité, sur un poste. L’imprévu, voire l’imprévisible sont toujours au rendez-vous. Faire une journée découverte dans une entité peut aider à y voir plus clair avant de réellement postuler ou accepter un poste mais ce n’est pas non plus toujours suffisant. Parfois, au moment de prendre un nouveau poste, nous pouvons avoir le sentiment d’aller vers un environnement incertain, vers l’inconnu. Ce qui peut générer une période de forte inquiétude, de stress diront certains. A la clé, parfois, quelques nuits blanches…

 

Prendre un nouveau poste suppose aussi la « négociation d’une place – la sienne – au sein d’un nouvel environnement »[1], pour trouver de nouveaux repères et se faire accepter, ce qui n’est pas toujours évident et/ou facile.

 

Une transition professionnelle a aussi des conséquences sur notre vie privée. Encore une fois, on peut se poser beaucoup de questions de tout type : vais-je réussir à tout mener de front entre mes nouvelles responsabilités et ma vie privée ? si mon temps de trajet augmente, dois-je prendre ma voiture ? etc. Et qu’en est-il des célibataires géographiques, qu’on appelle aussi les intermittents du foyer[2], qui se retrouvent seul/es, en semaine, dans une chambre d’hôtel ou dans un studio ? Ne serait-ce pas aussi une situation qui impose une nouvelle négociation au sein de la vie de famille et des modifications des rapports familiaux ?

 

La transition professionnelle est un processus, notamment psychique, souvent long qui implique de se désadapter et de se réadapter. Et qui implique aussi d’être en capacité de se projeter.

 

Evidemment, ce processus est difficile à faire seul/e. Il est préférable, durant cette période, de se faire aider, de se faire accompagner pour définir ce vers quoi on souhaite aller, ce vers quoi on peut aller. Grâce à un bilan professionnel, par exemple, une bonne connaissance de soi, une meilleure vision des compétences qu’on a acquises tout au long de son chemin professionnel et une meilleure connaissance du champ des possibles permettent de mieux se projeter dans l’avenir et de l’appréhender de manière plus sereine.

 

Ne pas rater sa transition professionnelle est fondamental car une transition professionnelle a un coût, pour l’individu comme pour l’entreprise, d’abord financier (formation, éventuel déménagement, etc.), mais aussi un coût en temps (bilan professionnel, prise de contacts, entretiens, etc.) et, surtout, un coût psychologique. Utilisons ce temps transitoire comme un espace transitionnel comme le définissait Winnicott[3] pour créer, inventer une nouvelle aventure professionnelle.

 

[1] Mailliot, S. La mobilité professionnelle, une « activité de transition », in les transitions professionnelles, Education permanente, AFPA, 2012, p. 14

[2] Bertaux-Wiame, I., et Tripier, P. « Les intermittents du foyer ou les arrangements entre membres des couples qui travaillent loin l'un de l'autre » Introduction, Cahiers du Genre, 2006/2 n° 41, p. 11-22.

[3] Winnicott, D. W. Jeu et réalité, Gallimard, NRF, Paris, 1975.

© 2020 par Valérie Miara. 

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